Mea Culpa 9

Mais bien sûr mec,
Bien sûr que c’est ma faute.
Bien sûr que j’aurais dû te le dire.
Bien sûr que j’aurais dû te voir arriver la gueule enfarinée de bonheur, les plis des draps aux coins des yeux, te voir arriver content, et quand tu m’aurais dit « tiens t’en penses quoi » j’aurais dû te dire ce que ça allait donner, comme pour une raison étrange tu as décidé que je savais ce qui allait se passer, alors si c’est ça l’idée, bien sûr que c’est ma faute, bien sûr que j’aurais dû te dire qu’elle allait te faire ramper ; qu’elle allait t’aspirer par tous les bouts, t’enrouler dans son parfum et t’étrangler dans l’odeur de son sexe, bien sûr que j’aurais dû te dire tout ça, là tranquille dans le café qu’était même pas un bar parce qu’il est pas midi et qu’on va pas commander à boire à cette heure-là ; bien sûr, tu as raison, c’est ma faute, j’aurais dû te dire qu’elle allait poser ses cheveux sur ton ventre et son cœur sur tes lèvres, qu’elle allait se tordre et se crisper et que seules tes mains allaient pouvoir la démêler, elle et ses peurs, elle et ses mystères, elle et ses douleurs après lesquelles tu arriverais toujours en dernier. Bien sûr que j’aurais dû te dire qu’une fois que tu aurais été nu, tendre et friable, elle aurait planté ses racines dans tous les coins possibles ; que tu aurais été heureux de lui donner ta force, et de supporter ces crises à la con que tu allais résoudre en pleine rue, et ses doutes de plus en plus artificiels qui trouveraient réponse dans des étreintes de plus en plus désespérées ; tu as raison, c’est ma faute, j’aurais dû te le dire, j’aurais du te le dire qu’elle avait l’apparence de l’argile et la force du titane, j’aurais dû te le dire qu’elle finirait ses simagrées de princesse, ses contorsions de petite fille, et qu’elle rouvrirait ses yeux de chat sur ce qu’elle est vraiment : une putain de statue. Et peut-être que son corps en marbre protège ce qui lui est vraiment cher, peut-être que rien de ce qu’elle a eu à affronter n’est feint, peut-être que tu pourrais te décider de te glisser entre ses doigts froids comme en te disant que rien de tout cela n’est de sa faute, c’est totalement vrai. Oui, oui, tu as raison, j’aurais dû sentir le truc venir, j’aurais dû te dire qu’elle allait te laisser vide et veule sur un coin de matelas, pendant que le rythme paresseux de son égoïsme pulserait sourdement, sans altération aucune, parce que tes larmes à toi n’ont jamais ralenti la course de son monde.
Oui, voilà, c’est ça, c’est de ma faute. Tu peux m’en vouloir. Tu peux geindre et gigoter comme un gamin contre mes jambes, parce que moi je marque, que demain j’aurai des bleus et que moi au moins, quand je passe ma main dans tes cheveux, une main molle et chaude de compassion impuissante, quand je lèche tes larmes en disant que je suis désolée, désolée, tu sens au moins que mon cœur bat. Tu as raison de m’en vouloir. Parce que j’aurais pu te dire tout ça, j’aurais dû.
Mais tu y serais allé quand même.

9 avis sur “Mea Culpa

  1. ouais avr 3, 2014 18:10

    Mince ca me rappelle mon passe. A la fois different et bien trop proche.

    je ne voulais pas mettre la responsabilite a qui que ce soit. Juste que je n ai jamais su m y prendre avec les gens et encore moins avec ceux que j aime.
    je n attendais rien, j etais perdu.
    j en ai pris plein la tronche et sur le coup je n ai rien compris.
    puis apres avoir ete enfonce il a bien fallu que je survive! Alors j ai essaye de la detester. Mais je n ai jamais reussi..

  2. ouais avr 3, 2014 18:17

    Ps : oui j y serais retourne quand meme et encore aujourd hui je serais prêt à me brûler pour elle. L interieur de la statue de marbre est beau. Alors forcement…

  3. wayne99 avr 3, 2014 19:18

    Des fois, tu me donnes envie de te detester tellement tu tapes juste, tellement tu tapes fort, avec les mots tout simple qui sont les tiens.
    Mais en fait c’est pas toi que je deteste, c’est le mal que tu me mets aussi plein la gueule, sans meme le savoir…
    Mais merci quand meme, parce que ce mal la, du jour, de ce billet, il me fait me souvenir que j’ai ete amoureux… Et que je le suis encore… Meme si j’en pleure plus que j’en ris…

  4. Super Salade avr 4, 2014 05:48

    On ne peut pas empêcher quelqu’un d’y aller. Ou d’y retourner.
    Mathilde est revenue…

  5. ouais avr 4, 2014 10:53

    J ajouterai que j ai toujours pense que tout etait vrai ses souffrances, ses reactions tout!
    Mais quand on ramasse et qu on se sent méprisé il faut survivre sinon on devient une sous merde alors on se persuade que l etre aime n etait en fait qu une grosse merdasse.
    c est ca ou sombrer…

  6. Super Salade avr 4, 2014 12:40

    Moi ce que m’évoque ce texte, c’est surtout: qui est la personne qui parle, quelle relation elle a avec le mec dont il est question. Et j’aurais tendance à penser que c’est « la meileure amie », celle qui ne l’a jamais blessé, qui l’a toujours ramassé à la petite cuillère, qui a toujours été là. Et pourtant, qui se prend les reproches. Et qui peut être aimerait être plus que « la meilleure amie ».
    Bon, je me rends compte de l’interprétation extrême que je fais là. Mais surtout, au vu des commentaires, je dirais que ce texte est un peu l’équivalent du test psychologique des tâches d’encre. On y voit ce qui fait écho à sa propre histoire.

  7. ouais avr 4, 2014 12:57

    On avait comprid aussi hein!:p
    mais le texte fait vomir des momebts du passe.

  8. Bayane avr 5, 2014 21:37

    Très beau texte. Très bien écrit. Bravo.

  9. shalala avr 10, 2014 08:53

    Un très beau texte. Percutant. Mes yeux sont humides, et mon coeur chamboulé. Merci.

Commentaires clos.